Une nouvelle étape majeure vient d’être franchie sur le chantier d’Hinkley Point C. La géante des grues « Big Carl », l’une des plus puissantes au monde, a réalisé avec succès le levage de la cuve du réacteur de l’unité 2 avant son installation définitive au sein du bâtiment réacteur. Composant central de l’îlot nucléaire, la cuve du réacteur (Reactor Pressure Vessel – RPV) a été conçue et fabriquée par Framatome dans son usine de Saint-Marcel, en Saône-et-Loire. Longue de 13 mètres et pesant près de 500 tonnes, elle a quitté la Bourgogne à la fin de l’année 2025 avant d’être livrée sur le site britannique en janvier 2026. Cette pièce majeure accueillera ultérieurement les internes de cuve et le cœur du réacteur, où se déroulera la réaction de fission nucléaire produisant la chaleur nécessaire à la génération d’électricité.
Big Carl remplace un système de levage temporaire
Pour l’unité 2, EDF a choisi une méthode de manutention différente de celle utilisée lors de la construction de l’unité 1. Alors que le premier réacteur avait nécessité la mise en œuvre d’un imposant système temporaire de levage aérien, la cuve de l’unité 2 a été directement prise en charge par Big Carl, la grue géante Sarens SGC-250 qui domine le chantier depuis plusieurs années. Cette évolution constitue l’une des nombreuses optimisations mises en œuvre entre les deux unités. Selon EDF, cette approche permet de réduire les besoins en infrastructures temporaires, d’économiser de l’espace sur le chantier et de raccourcir certaines séquences de construction.
Une opération millimétrée
Contrairement à ce que pourrait laisser penser l’impressionnant levage réalisé par Big Carl, la grue n’a pas assuré seule l’installation finale de la cuve. Après avoir été soulevée puis positionnée sur un système de transfert, la cuve a été introduite dans le bâtiment réacteur avant d’être reprise par la grue polaire installée sous le dôme de l’enceinte nucléaire. La grue polaire a ensuite effectué une manœuvre particulièrement délicate : mettre la cuve en position verticale puis la descendre sur son anneau support avec seulement 40 millimètres de dégagement de chaque côté. Cette phase constitue l’une des opérations de manutention les plus exigeantes de tout le programme de construction. L’installation intervient moins d’un an après la pose du dôme métallique du bâtiment réacteur n°2, réalisée à l’été 2025, qui avait permis de fermer l’enceinte et d’engager l’installation des équipements internes.
L’effet d’apprentissage accélère le chantier
Hinkley Point C démontre progressivement les bénéfices de la construction en série de deux réacteurs identiques. Selon EDF, l’unité 2 est aujourd’hui construite entre 20 et 30 % plus rapidement que l’unité 1 grâce à l’expérience acquise par les équipes, à l’industrialisation des méthodes de travail et à l’optimisation continue de l’organisation du chantier.
À stade comparable, le bâtiment réacteur de l’unité 2 affiche une avance significative. Davantage d’équipements ont déjà été installés, plus de structures métalliques sont achevées et la couche externe de confinement est déjà en place. Parmi les indicateurs les plus marquants, trois grands échangeurs thermiques ont été installés sur l’unité 2 alors qu’aucun équipement de ce type n’était encore en place au même stade de construction de l’unité 1.
Pour Simon Parsons, directeur de la réalisation d’Hinkley Point C, cette opération illustre la capacité du projet à capitaliser sur les enseignements tirés de la première unité. Le responsable souligne également la mobilisation coordonnée d’une dizaine de grands contractants industriels pour mener à bien cette étape majeure.
Une référence pour les futurs EPR britanniques
Les enseignements tirés d’Hinkley Point C doivent désormais bénéficier directement au projet de Sizewell C, dont la conception repose sur le même modèle EPR. EDF entend ainsi reproduire les gains de productivité observés entre les deux unités d’Hinkley Point afin de réduire les délais et les coûts des futurs programmes nucléaires britanniques. À terme, les deux réacteurs EPR d’Hinkley Point C produiront suffisamment d’électricité bas carbone pour alimenter près de six millions de foyers britanniques, tout en renforçant la sécurité énergétique du pays et en réduisant sa dépendance aux combustibles fossiles importés.



